Madame Royale

Marie Thérèse Charlotte de France (1778-1851)
Fille de Louis XVI et de Marie Antoinette. Duchesse d'Angoulême.

Lettre autographe signée « Marie-Thérèse Charlotte de France », Vienne, 22 janvier 1796, à Madame de Bombelles, 1 page 1/2 in-8, adresse, cachet de cire noire. Ancienne collection Clément Riches.

 

Très belle lettre écrite un mois après sa libération de la prison du Temple, évoquant notamment sa tante Madame Elizabeth, morte guillotinée le 10 mai 1794.

 

« Madame, 

J’ai reçu vos deux lettres elles m’ont fait ainsi que celle que je viens de recevoir beaucoup de plaisir ; mais j’en aurais en plus à vous voir si cela avait été possible ; mais je ne le peux pas malgré tout mon désir de voir celle que ma bonne tante Elizabeth aimait tant vraiment j’aurais la consolation de parler d’elle avec vous de vous dire combien elle a été affligée de votre départ, de votre séparation. Elle a appris en prison que vous étiez grosse elle était très inquiète pour vous, et désirait que vous eussiez une fille. 

Oui, malgré toutes ses peines elle pensait souvent à sa chère Bombelle et moi à son exemple je vous aime, et je pense souvent à vous, et désirerai beaucoup vous voir mais puisque que c’est impossible, j’ai au moins la consolation de vous écrire de vous dire que je vous ai toujours aimé malgré ma jeunesse quand je vous ai connu. 

 

J’ai le bonheur aussi de voir que dans ce pays-ci tout le monde vous aime et vous admire, ce qui n’arrive pas à tous les français. Votre pauvre mère se porte assez bien du moins quand je l’ai vu. J’espère aussi que Mr de Bombelles et tous vos enfants se portent bien, vous en avez un grand nombre puissent-ils ressembler à leur mère. Adieu, Madame, aimer moi toujours et regarder comme une personne qui vous aime autant que ma tante vous aimait, et aimez moi de même c’est tout ce que je souhaite.

Marie Thérèse Charlotte de France ».

 

Madame de Bombelles (Marie-Angélique de Mackau, né en 1762 et morte en 1800) fut la dame de compagnie de Madame Elizabeth, soeur de Louis XVI. Mariée en 1778 à Marc-Marie de Bombelles, elle émigre durant la Révolution et vit péniblement la fin de la Monarchie et la mort de Madame Elizabeth. 

 

Marie Thérèse Charlotte de France venait à peine d’être libérée de la prison du Temple. Le 12 messidor an III (30 juin 1795), la Convention avait voté un décret prévoyant que la fille de Louis XVI soit échangée contre les prisonniers politiques détenus par l’Autriche, sans que cette dernière ait jamais été consultée. L’empereur François II accepte les termes de l'échange le 30 juillet 1795 mais demande que les prisonniers de guerre fassent eux aussi l'objet d'un échange. Les négociations se déroulent de septembre à novembre. La princesse est finalement échangée contre des prisonniers français (Pierre Riel de Beurnonville, Jean-Baptiste Drouet, Hugues-Bernard Maret, Armand-Gaston Camus, Nicolas-Marie Quinette et Charles-Louis Huguet de Sémonville) capturés par l’armée autrichienne. Dans la plus grande discrétion, elle quitte la prison du Temple le 19 décembre 1795, jour de ses dix-sept ans, escortée d'un détachement de cavalerie afin de se rendre à Bâle, où elle est remise aux envoyés de l’empereur François II. En quittant la France, elle aurait versé des larmes, ne tenant aucune rigueur aux Français pour ses malheurs comme elle l’écrit dans ses mémoires.


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