marat autographe

Marat (Décès)

Pierre-François Réal
(1757-1834). Homme politique et juriste français. Proche de Chaumettre à la Commune de Paris.

Lettre autographe signée de Pierre-François Réal, Paris, 13 juillet 1793, au « Citoyen Réal, brigadier fourrier », 3 pages in-4, déchirure sur le coin supérieur de la troisième page affectant quelques fins de ligne, adresse et tampon.

 

Surprenante lettre dans laquelle Réal apprend à son correspondant la mort de Marat.

 

« À l’instant où j’allais fermer cette lettre, on m’apprend que Marat vient d’expirer. On dit déjà qu’il a été assassiné dans son bain par une femme… »

 

« Comment mon ami, peux-tu nous laisser aussi longtemps sans nous donner de tes nouvelles ? Comment nous laisser dans une aussi cruelle inquiétudes ? Nous devrions chaque jour peut-être recevoir une lettre de toi et tu laisses des mois entiers s’écouler sans nous écrire un seul mot.

Tu ne nous aimes comme nous t’aimons.

 

J’ai fait jusqu’à ce jour des démarches induites auprès du ministre pour ton avancement, il parait que l’on veut exiger pour la formation des nouvelles compagnies d’artillerie légère des examens comme en subissent les élèves ; cependant je ne perds pas tout espoir, parce que ton expérience suppléera.

 

En attendant j’ai demandé qu’on te plaçât dans quelque corps franc, et sous quelques jours on me rendra réponse. As-tu besoin d’argent ? Écris-moi à cet égard et écris-moi souvent.

(…)

Nous sommes toujours ici travaillés en tout sens par l’aristocratie. Elle emprunte tous les masques pour troubler la tranquillité publique. Tantôt sous le manteau de la loi, tantôt sous l’apparence de la démocratie elle nous donne jour et nuit de l’occupation. J’espère que la bonté de notre cause et sur la perversité des méchants. Si nous étions tranquilles dans l’intérieur, Il y a longtemps que n(nos) ennemies de l’extérieur se tairaient. 

Je t’embrasse ; écris moi, écris moi ; écris moi.

Réal.

 

P.S. Les rassemblements qui ont lieu dans le départements de l’Eure nous (?) quelques inquiétudes. Les nouveaux (?) sont déjà à quelques lieues de Vernon. Mais je pense que tout le mal ne vient de ce côté là que du défaut de s’entendre.
Dieu veuille que nous ne soyons pas encore obligés de nous battre de ce côté là.

 

À l’instant où j’allais fermer cette lettre, on m’apprend que Marat vient d’expirer. On dit déjà qu’il a été assassiné dans son bain par une femme.

La vérité est qu’il y a des coups de couteaux sur son corps et une femme arrêtée comme prévenue de les avoir portés. Cette femme ne répond de rien.

La vérité est encore que Marat était très malade il y a 4 jours et qu’une femme a vu qu’on le portait à 4 dans son bain.

J’attends les procès-verbaux pour pouvoir prononcer quelque chose de vrai sur un évènement qu’on veut enfler outre mesure ». 

 

Pierre-François Réal fut un homme politique qui traversa la Révolution en occupant de nombreux et importants postes. Il commença en étant nommé chef du bureau des subsistances de la Commune de Paris, fonction qu’il conservera pendant 4 ans (1790-1794). Membre très actif du Club des Jacobins depuis le printemps 1791, il s’y proclame favorable à la guerre et est envoyé en mission d’observation à Liège (mai 1792) et se prononce début août pour la mise en accusation de La Fayette et le renvoi des députés de la Législative. Sa détermination lui vaut d’être désigné comme accusateur public au Tribunal révolutionnaire du 17 août 1792 (il en sera écarté par la suite). 

Sa qualification (mal fondée) de « brissotin » par Marat lui ôta sans doute l’honneur d’une élection à la Convention mais ne l’empêchera pas d’être en décembre 1792, porté au côté d’Hébert au poste de substitut de Chaumette, procureur-syndic  de la Commune de Paris. Il fut l’instigateur d’écrits hostiles aux Girondins (avril 1793) mais s’associa à contre-coeur aux journées des 31 mai et 2 juin 1793.

 

Marat ne s’était plus présenté à la Convention depuis le 3 juin 1793. Il était gravement atteint d’un eczéma ou peut-être des conséquences d’un diabète. Il est contraint pour se soulager à prendre de manière continuelle des bains curatifs au soufre, ainsi qu’à s’envelopper la tête d’un mouchoir trempé de vinaigre pour soulager ses migraines. De sa baignoire, il ne cesse cependant d’écrire et d’envoyer des missives à la Convention.

Charlotte Corday l’assassine dans l’après-midi du 13 juillet 1793. Elle est arrêtée sur les lieux du meurtre puis jugé par le Tribunal révolutionnaire. Elle est exécutée le 17 juillet. 


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